La faucheuse, tome 1 – La mort chez les immortels, ça donne quoi ?

Genre : Science-fiction, Young-adult

Editeur : Robert Laffont

Résumé :

Les commandements du Faucheur:

Tu tueras.

Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.

Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.

Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.

Best-seller aux Etats-Unis, ce premier tome de la trilogie La Faucheuse est déjà en cours d’adaptation par les studios Universal.

Mon ressenti :

La faucheuse de Neal Susterman est excellent. Si les dystopies sont légions, ici, il s’agirait plutôt d’une utopie. Et même si c’est la première utopie que je lis, il n’en reste pas moins qu’elle est très bien menée.

Cette histoire relate un monde futuriste où tout est parfait.

Il n’ y a plus de chômage, plus de discrimination, plus de racisme, plus de viols, plus de violences conjugales, plus de maltraitance, plus de meurtres, plus de crimes, plus de prisonniers, plus de surpopulation carcérale, plus de famine, plus de pauvreté, plus de cancers, plus de virus, plus d’épidémies, plus de maladies, plus d’analphabètes, plus d’esclavage.

Tout va bien. Tout est parfait.

Qui n’a jamais imaginé un univers aussi serein ? à peu près tout le monde en fait. Les chercheurs des différents domaines scientifiques travaillent d’arrache-pied dans cet objectif, ou du moins, afin de rendre le monde meilleur. De réduire les souffrances et les inégalités de chaque population. C’est leur leit motiv.

Mais une fois atteint, une fois que la mort naturelle est éradiquée, une fois qu’on peut rajeunir à volonté, refonder une nouvelle famille et poursuivre cette vie en boucle, qu’on a tout vécu, comment mourir ? Que reste-t-il à faire ? Comment réguler une population où il y a toujours des naissances mais aucune mort ?

C’est la chose la plus difficile qu’on puisse demander à quelqu’un. Et le fait de savoir que c’est dans l’intérêt général ne rend pas la chose plus aisée. Autrefois, les gens mouraient de leur mort naturelle. La vieillesse était une affection mortelle et non pas un état temporaire. Il y avait alors des tueurs invisibles appelés « maladies » qui rongeaient le corps. Le vieillissement n’était pas réversible, et les hommes étaient victimes d’accidents irrémédiables. Les avions tombaient du ciel. Les voitures se percutaient. On connaissait la douleur, le chagrin, le désespoir. Il est difficile pour la plupart d’entre nous de concevoir un monde aussi hasardeux, parsemé de dangers aussi imprévisibles qu’inattendus. Tout cela est loin derrière nous, et pourtant une réalité demeure : les gens doivent continuer de mourir.

J’ai beau apprécier la science-fiction (surtout en films), je n’en lis pas chaque bon matin. Et ce roman m’a intéressé parce que la mort est un sujet que j’ai toujours trouvé passionnant. L’une des raisons pour lesquelles j’aime tant le manga Ajin de Gamon Sakurai (ici). Chaque pensée des personnages, faucheurs comme apprentis faucheurs m’a intéressé et se recoupait aux avis que j’avais d’un monde comme ça.

La construction du monde est bien faite, solide et cohérente sans être barbante ou réservée à des férus du style ou encore trop complexe pour les néophytes du genre.

Le seul bémol que j’ai eu au cours de ma lecture est que tout est si paisible, si normal que j’ai eu des sensations de longueurs, et pourtant, c’est subjectif car je voulais savoir ce qu’il allait se passer, je voyais comment c’était recherché et intelligemment pensé, c’est juste que lire une histoire où tout se déroule sans accroc, car tout va bien, eh bien ça installe une monotone lecture. Le rythme était le parfait reflet de l’histoire. Une vie de stagnation.

Les réflexions sur la stagnation de la vie, sur l’aspect fade qui s’installe car tout est monotone m’ont plu. Peut-être qu’il s’agit d’un avis qui diffèrera d’autres mais je me suis toujours dit que ce sont les ennuis de la vie et ses difficultés qui donnent tant de rage de vivre à certains, ou tellement de douleurs à d’autres qu’ils préfèrent tout arrêter.

Dans un univers où tout irait bien, la vie perdrait une certaine saveur. Cela convient très bien à certains qui apprécient passer le temps sans le voir, sans y prêter attention, parce que bon, rien ne change, mais d’autres s’enlisent dans une torpeur de constance qui est déceler chez certains Faucheurs et qui leur vaille d’être cueilli.

Les Faucheurs, dans ce monde gouverné par un nuage intelligent, omniscient, omnipotent et omniprésent qu’est le Thunderhead, sont les régulateurs de la population mondiale. Ils ne tuent pas dans le sens vulgaire du terme. Ils moissonnent.

Ils ne prennent pas plaisir à cela. Ils en font des cauchemars, pleurent, et compatissent à la douleur des familles dont ils prennent le proche. Malgré les siècles qu’ils vivent, malgré la répétition de l’acte (car ils ont un quota à respecter), moissonner ne devient pas banale pour eux. Moissonner reste toujours aussi douloureux.

C’est justement parce que des personnes répugnent à l’idée de faucher qu’ils sont choisies comme apprentis faucheurs. C’est principalement parce qu’ils ressentent une répulsion à cet acte ingrat qu’ils intéressent les Faucheurs de la vieille école qui veulent leur passer le flambeau.

Pleins de moralité et d’empathie, ils sont les plus à même d’accomplir cette tâche ingrate mais nécessaire. Ils sont à plaindre. Ils sont craints et respectés et sont condamner à tuer jusqu’à ce qu’ils décident de se suicider. Dans ce roman où seuls les Faucheurs ont le droit de tuer, qui d’autres qu’eux peuvent prendre leur vie ?

Nous sommes devenus contre nature à partir du moment où nous avons conquis la mort.

Blesser ou tuer un Faucheur est sévèrement puni. Le centre de résurrection faisant échapper à la vraie mort, c’est l’acte en lui-même qui est réprimandé par la communauté. Nul ne doit mettre des bâtons dans les roues de ceux ayant cette noble tâche.

Et si vous vous dites que personne ne se glanerait lui-même, eh bien vous avez tort. Ceux ne prenant aucun plaisir à tuer, ceux n’étant pas immoraux et dépravés et corrompus par leur pouvoir, restent pour lutter contre ceux ayant souiller leur profession. Ils font passer le bien des gens avant le leur. Il vaut mieux des Faucheurs compatissants qui prennent les vies, plutôt que d’êtres prenant plaisir à massacrer en masse des êtres humains, à coups de lance-flamme et de couteaux tranchants.

C’est ce que ce livre met en avant. Il offre un point de vue de ce qu’une telle société serait. Les règles la régissant. Avec les deux héros, Rowan et Citra, on a deux facettes de ce que pourrait être un Faucheur.

Rowan a d’ailleurs été le personnage avec le meilleur développement pour moi. Il a été celui m’ayant le plus plu, alors que de prime abord, rien ne laissait présager qu’il serait dans mes petits papiers. Il est passé du stade d’enfant-salade, invisible et insignifiant à celui de jeune homme froid, calculateur, puissant. Tout ce que j’aime.

Je suis devenu le monstre des monstres, songea-t-il devant ce spectacle. Le boucher des lions. Le bourreau des aigles.

Avec Goddard et sa bande, on a eu l’exemple de la perversion de cette tâche, mais également les tréfonds de la nature humaine. Qu’importe le monde, il y aura toujours des gens aimant faire du mal. Il y aura toujours des personnes y prenant plaisir.

Le pouvoir est inexorablement infecté par la seule maladie qu’il nous reste encore. Un virus qu’on appelle la nature humaine. Je ne donne pas cher de l’avenir de notre espèce si jamais les faucheurs se mettent à aimer ce qu’ils font.

A ceux pensant « pourquoi doit-on mourir ? » ce livre répond « Et pourquoi pas ? » d’une manière bien pensée.

Affinités :

Lisez ce livre si vous voulez lire une utopie intelligente, bien créé, et avoir l’exemple de ce que serait un monde parfait. Nul besoin d’être des grands fan de science-fiction pour cela. Et il peut plaire aux petits comme aux grands.

Ma note : 18,5/20

35 réflexions sur « La faucheuse, tome 1 – La mort chez les immortels, ça donne quoi ? »

  1. La Faucheuse… J’ai adoré les deux premiers tomes que j’avais dévoré à l’époque. Malheureusement, la conclusion ne m’a absolument pas convaincu. L’auteur change totalement de voie et s’éloigne beaucoup trop radicalement de ses premiers écrits.
    J’espère que toute la saga te plaira 😉

    Aimé par 2 personnes

    1. Ah, nos avis se rejoignent ! Comme toi, je fais partie de ceux qui n’ont pas adhéré au changement de voie/ambiance ! 😦 Et cette fin avec le binôme… Tsss… C’est fou comme les avis divergent sur le dénouement ! Soit ça passe, soit ça casse.

      Aimé par 2 personnes

      1. Oui c’est dommage car la fin du second tome m’avait tellement maintenu en haleine pour si peu finalement. J’ai tellement été déçu que je ne pense pas retenter l’aventure avec cet auteur !

        Aimé par 2 personnes

      2. C’est dommage. Un tel potentiel gâché pour ma part. Cela reste subjectif car beaucoup ont apprécié la conclusion, perso je n’ai pas du savoir lire entres lignes 😉

        Aimé par 2 personnes

      3. Pour moi, c’était une porte ouverte à une suite ou à une série dérivée… (Une impression que ça tire sur la corde face à une série à succès….) Mais ça ne me bottait pas trop. Pour le coup, ça partait trop dans la SF, avec des persos que j’appréciais que moyennement… Donc ce sera sans moi…

        Aimé par 2 personnes

  2. Je te rejoins sur bien des points, ne serait-ce sur le fait que cela peut plaire à tous, que l’on soit fan de SF ou non ! Le t1 et le t2m’avaient tellement plu ! ❤ Le t3 change radicalement d'ambiance. Tu verras, c'est quitte ou double selon le lecteur… Soit tu seras déçue (comme moi), soit tu l'adoreras encore plus que les deux autres (deux/trois copines blogeuses). Belle poursuite de la série en tout cas !

    Aimé par 2 personnes

  3. J’ai dû lire ce premier tome il y a un mois ou deux ! Objectivement, La Faucheuse est un très bon roman, mais personnellement j’ai un peu moins accroché. L’idée de base est originale, mais j’ai eu un peu plus de mal à m’attacher aux personnages, surtout à Citra (sinon Rowan m’a aussi plu, comme toi). Et puis concernant la manière dont le livre est construit, j’ai été frustrée par moments car l’auteur passait trop vite sur certains événements comme l’apprentissage de Citra et Rowan… Et puis le retour de maitre Faraday à la fin ne m’a pas spécialement plu… j’avais l’impression que l’auteur avait fait ce retournement de situation car il ne savait plus quoi dire dans son histoire. J’aurais trouvé plus pertinent qu’il ne revienne pas dans l’intrigue, ça aurait donné plus de poids au fait que les méchants (du type de Goddard) gagnent du terrain et veulent imposer leur doctrine de la mort au monde entier (au détriment des gentils). Tu en penses quoi toi ?
    Sinon je pense que je lirai quand même le deuxième tome car l’intrigue est à la hauteur de mes attentes, mais ça ne sera pas pour tout de suite 😉 Tu as déjà commencé le tome 2 ?

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai apprécié que Faraday reste en vie car sa mort aurait pu être imputer qu’à Goddard, et justement l’auteur prend à contrepied car on s’imagine qu’il est vraiment mort, et que Goddard en est surement la cause. J’aime être surprise donc ce point m’a plu. Goddard et sa bande avait à mon sens pas mal de poids vu que même la nouvelle génération de faucheur les adulait, et que certains anciens les rejoignaient, en plus du chantage efficace qu’il faisait sur la serpe suprême. Non pas du tout, je lis surtout les tomes 1 des sagas pour l’instant, je ne sais pas trop quand je lirai le tome 2

      Aimé par 1 personne

  4. J’ai lu se livre ce mois si et j’ai adoré l’écriture et se qu’il nous apprend sur la vie. Rowan est mon chouchou, j’aime son personnage qui devient complexe.

    Aimé par 1 personne

      1. Oui, c’est exactement ça, j’ai préféré les passages avec Rowan que ceux de Citra. Je trouve que son évolution de sa conscience est complexe d’un côté il devient un psychopathe et de l’autre sa raison et ses valeurs résiste. 🤩

        Aimé par 1 personne

      2. Parenthèse : je n’arrive pas à aller sur ton blog, ça dit ça : entrechouetteetpapillon.wordpress.com doesn’t exist et ça : The address entrechouetteetpapillon.wordpress.com cannot be registered. Sorry, that site is reserved! But you can sign up and choose another one.

        J'aime

      3. Ah c’est curieux, merci pour l’info je vais regarder ça.
        Après essaye directement avec Google. Sinon j’ai une page Instagram et Facebook entrechouetteetpapillon avec le lien de mon blog

        Aimé par 1 personne

      4. Okay, moi j’utilise l’application portable du coup quand je cliquais sur ton nom ça mettait le truc que j’tai copié, le lien que tu m’as donné est impecc’

        J'aime

      1. Oui, je pense que j’ai suivi. Honnêtement, sauf si l’occasion se présente de l’acquérir en seconde main, je ne le prendrai pas. C’est pas comme si je manquais de livres. 😂

        Aimé par 1 personne

  5. J’ai aussi ressenti ce problème que tu as relevé, et j’avais du mal à vraiment mettre des mots dessus, mais tu y es peut-être parvenue. C’est vrai que ce côté « parfait » rend la lecture un peu monotone parfois… J’ai malheureusement rencontré le même problème dans le tome 2, excepté sur la fin ^^.

    J'aime

    1. C’est vraiment bien bâti et bien pensé, et si tu n’as rien contre les rythmes assez « tout va bien/lent », il y a peu de chances qu’il te déplaise (moi je n’aime pas ces rythmes mais le monde et l’évolution d’un personnage pesaient plus dans la balance)

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.