Les aérostats : quand l’âge est une question de perception

Genre : Littérature belge/française

Editeur : Albin Michel

Résumé :

« La jeunesse est un talent, il faut des années pour l’acquérir. »

Mon ressenti :

Me revoilà avec un Nothomb qui s’est lu d’une traite, plus par l’épaisseur fine de la bête que par ma rapidité de lectrice.

Ange, une étudiante de 19 ans, mène sa vie d’étudiante comme un fleuve tranquille, et étudie la philologie. Autrement dit, elle étudie historiquement une langue par l’analyse critique des textes. Comme souvent avec ce statut, elle cherche un job étudiant et finit par donner des cours de français et de littérature dans une bien étrange maison à un garçon de 16 ans nommé Pie. Plus exactement, elle est engagée pour soigner la dyslexique du jeune issu d’une riche famille venue des îles Caïmans.

Le profil des personnages apparait rapidement : Ange est une jeune fille très sérieuse ayant du mal à nouer des relations et « à vivre avec son temps », ce que l’autrice avoue avoir été son « ancien Moi » de 19 ans.

De là, il est aisé de comprendre que ces deux jeunes à un âge où le mental se trouve à une phase très importante de la vie, vont chacun s’entre-aider, eux qui sont si seuls et mal-aimés.

Questions existentielles, quelques largesses, quelques livres « incontournables » de la littérature, ce sont des échanges philosophiques qui ont lieu dans cette maison sur le statut humain, et surtout l’adolescence.

Toutefois, il y a plusieurs lacunes dans cette histoire.

Premier point où le bat blesse : une dyslexie ne se guérit pas en si peu de temps,. Se fut si rapide que l’on se demande s’il l’était vraiment ou si ce n’était pas tout simplement un énorme manque d’entrain ou autre.

Deuxième point, Pie est très mûr et réfléchi pour un garçon de 16 ans, si bien qu’on ne voit pas vraiment les deux jeunesses correspondant aux âges choisis. On aurait plus l’impression que Pie aurait pu être un Ange masculin de 16 ans. Et vu l’environnement où il a grandi, il semble avoir un trouble de la personnalité, surtout vu la fin, mais on y reviendra.

– C’est facile de se défiler comme ça. Kafka a écrit ce livre en 1915, pendant l’horrible guerre qui marque le début du vingtième siècle. Voici le sort réservé aux êtres vivants désormais : ce qui vit est perçu comme un grouillement auquel il faut mettre un terme. Le vingtième siècle marque le commencement du suicide planétaire.

– Vous n’y allez pas un peu fort, là ?

– Je ne trouve pas. Vous vous occupez de moi et je vous en sais gré, vous m’apportez beaucoup. Il n’empêche qu’à mes yeux, le cas, c’est vous et non moi.

– Vous avez l’intention de me guérir ?

– Surtout pas. Votre maladie vous est salutaire. Si vous n’étiez pas à ce point dans l’illusion, vous ne seriez pas si intéressante.

Je souris.

Troisièmement, la collocatrice de Ange est un personnage outil. Tout comme le père qui épie Pie et sa mère étrange qui collectionne des objets sans vraiment les posséder. On ressent intensément le manque d’approfondissement de ces personnages. On a l’impression qu’on leur a balancé des traits de caractère atypiques pour qu’on se dise « ils sont bizarres », sans parvenir à les comprendre et sans avoir plus d’informations sur eux.

Les pages. L’autrice semble répugner à en faire trop…

Amélie Nothomb, belge, profite d’ailleurs de cette nouvelle pour (très) brièvement brossé le paysage de son pays natal, Bruxelles. Ce n’est pas à travers ce livre que vous verrez du pays, mais elle lie le tout avec la passion de Pie pour les Zeppelins et les aérostats.

Pour la petite histoire, les aérostats sont des aéronefs dont la sustentation est due à un gaz plus léger que l’air. Si de prime abord, on ne voit pas le rapport, en lisant, on comprend facilement le lien. Avec cette passion de Pie, Ange lui fera voir du paysage, lui qui n’a pas d’ami après deux mois de vie là-bas.

– Vous avez rencontré ma mère.

J’acquiesçai.

– Je suis désolé. Je crois qu’elle voulait vraiment vous connaître.

– C’est normal.

– Que pensez-vous d’elle ?

– Comment pourrais-je avoir une opinion en si peu de temps ?

– Vous mentez. C’est de la politesse. Ma mère est une idiote.

– Ne dites pas cela.

– Pourquoi ? Parce que cela ne se dit pas ?

– En effet.

– Tant pis. À vous, j’ai besoin de le dire : ma mère est une idiote. Voyez-vous, mon père n’est pas un crétin, mais je le méprise et nous sommes incapables de nous parler sans nous hurler dessus. Ma mère n’est pas méchante, mais que pourrais-je dire à une femme à ce point stupide ? J’avais huit ans quand j’ai compris qu’elle était une imbécile. J’en avais douze quand j’ai su que mon père était un sale type.

Très gênée à l’idée d’être écoutée par le sale type en question, je m’efforçai de dévier de sujet :

 -Avez-vous des amis ?

– À Bruxelles ? Je suis là depuis deux mois.

– Cela peut suffire.

– Manifestement, ça n’a pas suffi dans mon cas.

Comme d’habitude, et ce, depuis un moment dans les livres de Nothomb, on retiendra (de peu) les échanges amusants par le coupant des deux personnages, et la fin de ce récit, qui depuis plusieurs écrits, semble indiquer le goût de l’autrice pour le crime passionnel.

Ce n’est pas mauvais, le fait que cela coule tout seul en est la preuve. Mais la sensation de bâclage est forte et laisse un goût amer.

Ma note : 13/20

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