Yardam

Genre : Dark Fantasy/ Science-fiction

Éditeur : Scrineo

Résumé : IMG_20200128_123037.jpg

À Yardam, la folie est sexuellement transmissible.

Dans l’espoir d’endiguer l’épidémie, la population est mise en quarantaine, isolée du reste du monde.

Le virus n’a pas épargné Kazan. À l’image de la ville qui s’enfonce dans le chaos, il sombre lentement.

Pour s’en sortir, il serait prêt à toutes les extrémités, y compris à manipuler Feliks et Nadja, un couple de médecins étrangers venu s’enfermer volontairement dans la cité pour trouver un remède. Dans son désespoir, il va accomplir le pire…

Mon ressenti : 

Vous savez qu’Aurélie Wellenstein est une auteure dont j’aime beaucoup la plume et la psyché de ses personnages, souvent tordus, ce qui change des classiques et gentils personnages dans le young-adult.

Yardam est un livre qui va vous mener au noyau de la folie tapie dans le cœur des hommes. Dans l’écartèlement de leurs volontés aussi bien morales que primaires.

Cette fois avec une touche orientale, le nom des rues, la description des habitations et du mode de vie rappellent la République Tchèque, et plus précisément Prague où l’autrice a changé certains éléments pour planter son décor imaginaire. Ce qui change de ses autres récits où l’histoire se passe souvent dans la nature, confrontant les personnages à l’hostilité qu’elle peut renfermer aussi bien par le climat que ses animaux.

Kazan atteint de la maladie sexuellement transmissible, « voleur d’esprit » à cause d’elle, ou grâce à elle selon le point de vue, partage sa tête avec pas moins de 7 personnalités, ce nombre fluctuant au fil des pages. Si directement, on voit un lien avec la populisme idée faite de la schizophrénie, cela va plus loin.

Il aspire en embrassant les personnalités de ses victimes, leurs souvenirs, états d’âmes et aspirations deviennent les siennes, tout comme leurs compétences, ce qui explique son agilité de chat par exemple : il a avalé un trapéziste de cirque. Mais si la gorgée d’âme passée, on se sent puissant, imbattable, d’un sentiment d’euphorie faisant penser à celle que traverse parfois les personnes atteintes de troubles maniaco-dépressif, ce n’est pas un ressenti immuable. Les voix hurlent, pleurent, crient, condamnent à mort et aux pires souffrances celui qui leur a ôté la vie en laissant d’elles des coquilles vides, des êtres perdant leurs cheveux, devenant asexués par une atrophie des membres, méconnaissables même par leurs familles et proches, semblables à tant d’autres coquilles peuplant les rues de Yardam et qui ne cessent de se multiplier. À tel point qu’une quarantaine est établie, empêchant quiconque de rentrer ou de sortir.  

Vous imaginez cette lutte constante contre ces voix ? Contre soi-même ? La peur de mourir, d’exploser en commettant un massacre avant de se suicider, la gueule trop pleine de ces personnalités avalées ? L’éreintement que cela engendre ? La fatigue du corps et de l’esprit ? Vous allez les ressentir à travers Kazan.

Ce huis-clos où sévit une maladie aussi ravageuse que le sida mais atteignant le cerveau et rendant fou crée aisément cette sensation de manque d’oxygène, d’étouffement et de suffocation tant par les états d’âmes décrits de Kazan que la violence qu’il renferme et qui se déverse comme un raz-de-marée, que celle des autres habitants de la ville qui, confinés, apeurés, désespérés, vont montrer la face la plus laide de l’humanité. 

Il le fit dégringoler de sa selle. Lui écrasa la tête du talon et frappa furieusement plusieurs fois, jusqu’à écrabouiller le visage du chasseur sur le pavé, le transformer en une bouillie de peau rouge et d’esquilles d’os.

En soi, Yardam est un récit très humaniste qui dépeint le déclin de la science face à un mal semblant incurable, ravageant les gens qui ne trouvent pas son origine, ne peuvent pas l’expliquer de façon logique et rationnelle, et qui, en désespoir de cause, chutent dans l’occultisme et le satanisme pour donner un sens à cela. Il est dans la nature de l’homme de toujours vouloir comprendre, et surtout, si on veut trouver un remède, cela passe forcément par l’analyse du mal qui, ici, ne débouchant sur rien, efface le mot « éthique » du vocabulaire des gens.

Sacrifices, rites, tortures, meurtres, destructions, la décadence humaine la plus pure et très réaliste, car déjà inscrite dans les pans de nôtre histoire, renaît sous vos yeux au fil des lignes. 

J’ai trouvé chacun des personnages bien construits, le travail de recherche se ressentait. Kazan, notamment, nous ouvre son âme sans facéties, mettant à nue ses douleurs d’enfant et d’homme mal aimé, non aimé, jamais apprécié. Présentant son cœur en manque d’amour et d’affection si souvent battu par sa famille recomposée, lui-même éclaté et recollé par des bouts grossiers, tenant à peine, il vous sera peut-être impossible de le détester, alors même qu’il se présente souvent comme la quintessence de l’amoralité.

D’un coup de reins, Kazan bascula en une pirouette arrière, se releva, l’épée au poing, et marcha sur la femme, qui sanglotait de douleur et de rage en berçant son bras cassé.

– Tu as aimé ton cri ? lui demanda-t-il. Je n’en avais jamais entendu d’aussi joli !

Il lui planta l’épée dans la gorge.

Je l’ai aimé, comme Faolan dans le Dieu oiseau avant lui. Même si on dira que les douleurs du passé ne justifient pas les actes atroces du présent, je l’ai aimé. Mais cela est subjectif et peut-être que vous le détesterez. Les relations que vous lirez sont toxiques, mauvaises, malsaines, la folie gangrène la ville dans ses moindres recoins, et même sans être infecté, les ténèbres dormant en chacun n’hésitent pas à sortir et à embrasser tout ceux qui se trouvent à leurs côtés :  les amis, les ennemis, le monde.  

Pour ce qui est de la fin, eh bien, elle m’a un peu laissé sur ma faim. Des questions restent sans réponse, mais j’ai beaucoup aimé ma lecture. Le Dieu oiseau restera cependant mon coup de cœur, du fait de mon lien avec Faolan.

Affinités :

Il est long, peut-être que parfois vous aurez une sensation de longueurs (et de lenteur) mais à vrai dire, ce rythme collait parfaitement à  la propagation de l’épidémie, au pourrissement de l’esprit. Il y a des descriptions explicites de relations sexuelles du fait du thème (ce qui explique aussi son déclassement dans le genre young-adult ) et, comme je l’avais déjà remarqué dans ses précédentes œuvres, bien que ce soit plus distillé, l’autrice semble apprécier le genre MM, vous en trouverez donc ici, certes plus marqué, sans que ce soit dominant.

En termes de dureté, il dépasse d’une certaine façon le Dieu oiseau car la psychologie des personnages est si étoffée, les actes que l’ont lit si terribles et pourtant si humains, les regrets si absents dans certains moments, que ce livre peut déranger certains.

Lisez le si vous êtes habitués aux écrits de l’autrice, que vous aimez d’une certaine façon lire des récits où l’horreur dans l’âme des hommes est dévoilée, que l’atmosphère anxiogène ne vous répugne pas, et surtout, si vous pouvez supporter ou même si vous appréciez les descriptions malfaisantes et percutantes autant dans la violence, le sang que dans la folie des gens.

Bonus:

Pour aiguiller ceux connaissant ces œuvres : on retrouve des aspects de Devilman Crybaby et l’arc de l’éclipse de Berserk dans Yardam (ouais, ayez le cœur vraiment bien accroché). Vous trouverez aussi une interview intéressante sur la construction de son histoire ici.

Ma note : 17,5/20

13 réflexions sur « Yardam »

  1. Ta chronique fait ressortir beaucoup d’originalité, mais aussi beaucoup de noirceur et de violence de ce roman qui me tente pas mal même s’il est bien plus sombre que ce que j’ai l’habitude de lire (hors thriller).
    Je ne pense pas m’y plonger tout de suite ayant d’autres romans de l’autrice à lire avant, mais merci de ton avis très développé 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. J’espère qu’il te plaira autant que moi ! Pour l’instant j’ai vu que de bons retours dessus, donc j’espère que tu en feras partie aussi (tu comptes bien le lire ? Je suis partie balle en tête sur cette idée 😂)

      Aimé par 1 personne

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